« La défense de l’Union Européenne » avec Monsieur Cavada , le général Laurent et le général Gatinois

La question de la défense commune de nos pays européens nous est apparue comme étant une question trop ignorée.

Le nouveau président a mis l’accent sur l’armée et la défense française en honorant les forces armées françaises par ces premiers déplacements et en dénommant l’ancien ministère de la défense, ministère des armées.

Certes, les pays de l’Union ont décidé d’avancer sur le sujet depuis la politique de sécurité et de défense commune initiée en 1999, figure dans le Traité de Lisbonne.

Puis, en créant l’Agence Européenne de Défense en 2004 mais avec un faible budget,

Et plus récemment le fonds européen de défense en juin de cette année avec un budget de 5 milliards d’euros sur 5ans.

Mais, est-ce suffisant ? La question que nous pouvons nous poser est de savoir si les 500 millions de citoyens européens sont capables de se défendre du point de vue militaire.

L’idée d’une défense commune des pays européens, à l’époque les pays de l’Europe de l’Ouest, c’est faite jour quelques années après la fin de la seconde guerre mondiale.

Il peut être constaté que les circonstances de cette idée présente une certaine similitude avec la situation mondiale en 2017.

La communauté européenne de défense dite CED est initiée après l’entrée des troupes de la Corée du Nord Corée du Sud en mai 1950. Dans le même temps, le président Truman veut renforcer la défense européenne quitte à justifier de l’armement de l’Allemagne de l’Ouest.

Aujourd’hui la Corée du Nord vient de tester sa première bombe atomique et le président Tramp demande un engagement plus important des états européens dans leur propre défense.

Ce parallèle audacieux s’arrête là, mails il permet de mettre en avant la nécessité d’une défense de l’Union Européenne.

Les 28 pays de l’UE fournissent un budget de 200 mm€ et emploie 1.600.000 personnes avec 600 navires 160 sous-marins dont 21 nucléaires plus de 2.000 avions de combats

Pour nous en parler, nous recevons :

Le général Jean Marc LAURENT, professeur titulaire de la chaire « Défense et aérospatial » à l’Institut d’Etudes Politiques de Bordeaux.

Et le général Frédéric GATINOIS, ancien général de l’Armée de l’Air.

Nous avons l’honneur de recevoir aussi Monsieur Jean Marie CAVADA que nous connaissons tous pour la pertinence de ses propos et sa vision de l’Europe.

Député européen, il nous fera part de ses analyses et propositions.

*   *   *   *

CONTRIBUTION du Général Jean Marc LAURENT, titulaire de la chaire »Défense et aérospatial » à l’Institut d’Etudes Politiques de Bordeaux :

(Extraits de son intervention)

La défense de l’Union Européenne est fondée sur trois éléments en collaboration, les nations, l’OTAN et l’Europe.

Dès à présent, nous pouvons dire que l’OTAN est l’organisation principale de cette défense.

La défense de l’Union Européenne a trois dimensions :

Tout d’abord, le niveau politique et diplomatique est composé de responsables politiques et de diplomates mais sans la présence de militaires sauf en qualité de conseillersL’organisation est dans la logique onusienne où les responsables sont coupés du théâtre des opérations.

Cette organisation est soumise aux contingences politiques des Etats membres qui peuvent paralyser les actions de terrain.

Ce niveau politique supervise une trentaine d’opérations européennes

Ensuite, vient le niveau industriel de la défense.

Cette coopération est multiforme, croisée entre les Etats principalement membres de l’OTAN.

Elle porte sur la conception et la construction de système d’armement.

British Aerospace, société britannique, est installée entre le Royaume Uni et les USA Peut-on dire qu’elle est européenne. ?

Il faut réaliser que l’important, c’est la capacité opérationnelle militaire.

Ce qui n’est pas stratégique peut être fait en collaboration.

Pour la France, ce qui est stratégique doit être fait uniquement en France tels que l’arme nucléaire et les systèmes à valeur stratégique, comme le Rafale.

De nombreuses coopérations opérationnelles sont bilatérales ou multilatérales ? Cependant, dans la coopération entre Etats, la règle du juste retour dans le pays s’applique ; cette règle est destructrice d’une collaboration plus efficace et complique les programmes militaires.

Il en est ainsi par exemple pays de l’avion A400M

Il existe une réelle volonté de coopérer entre les industries et les Etats, mais qui n’est pas en relation avec l’Union Européenne.

Enfin , la dimension opérationnelle de L’UE :

Sur le terrain, les opérations conduites par l’Union Européenne fonctionnent très bien.

Par exemple, en Afrique, la France n’est pas seule, mais avec des niveaux d’engagements différents. La France peut accepter que les forces armées soient l’arme à la main mais pas avec d’autres nationalités. Elle entretient de bonnes relations avec les cadres supérieurs des armées formés dans les écoles françaises.

L’Allemagne apporte une logistique et de la formation.

Le soutien américain est aussi important car il assure 80 % du ravitaillement des avions en vol (Mali, drones ripper, etc…)

Il ne faut se faire d’illusion : Sans l’Europe, la France ne pourrait pas s’engager sur un territoire aussi immense que l’Afrique.

Il existe donc un foisonnement de partenariat bi ou multi latéral :

La France est présente dans tous les milieux de la coopération industrielle, dont le plus grand nombre est aérien ou spatial: Euro fighter ou Galileo….

Elle est aussi présente avec les autres Etats européen dans des organisations militaires tels que, en Estonie, le Battle Group de 300 militaires sous la forme d’un groupement tactique dirigé par les britanniques, la mise en commun d’Euromarfor en méditerranée, la gestion de la conduite des opérations aériennes avec l’Européan Air Transport Command, ont le siège est à Eindhoven.

L’EATC permet ainsi de rentabiliser les vols en évitant les vols vides et en échangeant des heures de vol.

Le Centre satellitaire de l’UE à Torejon collecte les informations des satellites et les redistribue aux Etats ;

Il existe également nombre de coopérations en matière de formations militaires.

Il existe également des coopérations bilatérales ou multilatérales où la France n’est pas présente, mais qui assure la défense de l’Europe tels que le Mordefco des pays du Nord, la réunion des pays de l’est pour faire face à la Russie, les activité maritimes entre allemands ou irlandais, club des F 16, etc…

 

Contribution de Monsieur Jean Marie Canada, député européen :

(Extraits de son intervention)

Nous sommes dans une séquence historique nouvelle.

Actuellement apparaissent des foyers de tension intra européen ou aux frontières et la montée des extrémismes.

Il faut mettre ne perspective les conséquences de l’ouverture des pays de l’Est dans les années 90. Le pacifisme après la chute du mur de Berlin a occasionné des dégâts dans la mesure de la défense européenne.

Actuellement, la Russie est bien armée et la situation peut s’apparenté à celle des années trente où chacun est replié sur soi.

On doit parler de la sécurité intérieure :

-1) la justice : en 1996, certains magistrats européens se mobilisent contre le crime financier qui mine l’Union Européenne : c’est l’appel de Genève.

Il faut une organisation intégrée sur l’ensemble de l’UE. Nous sommes trop jacobins et les mentalités doivent changer

Nous devons créer un parquet fédéral pour la sécurité dans nos frontières.

-2) Le contrôle des frontières est indispensable :

Les moyens humains et les outils sont insuffisants.

La souveraineté des états doit être au service de la puissance européenne qui peut garantir la sécurité.

Au sens politique, il nous appartient de réfléchir sur la quantité de migrants que nous sommes prêt à accepter en UE. Et mettre ne place des accords avec les pays extérieurs à l’UE.

Nous pouvons prendre exemple sur le Canada qui a su met en œuvre une intégration à minima avec les exigences d’avoir un emploi, un toit, parler la langue(association).

S’il existe un déséquilibre de transhumance, il faut un doctrine plus élaborée mais le débat n’a pas lieu.

La politique migratoire de la France n’est pas débattue, n’est pas formulée.

-3) Je souhaite que l’organisation politique accélère les moyens de défense dont nous avons besoin

Il faut créer notre défense européenne de manière pragmatique la défense avec ceux qui le veulent.

Je pense que l’appareil militaire européenne avance malgré sa discrétion et sa lenteur.

C’est désordonné mais c’est plus prometteur qu’on peut le croire

Longtemps il fallut apaiser les menaces intra continentales. Il faut tenir compte du passif européen quand les pays de l’Est étaient encore sous la coupe du pacte de Varsovie mais sans oublier que personne n’a remis en cause les accords de Yalta.

Aujourd’hui il faut trouver un chemin diplomatique pour apaiser les tensions orientales avec la Russie et il ne faut pas laisser l’Allemagne être le seul interlocuteur de la Russie.

IL est possible de proposer la dénucléarisation du sud-ouest de la Russie en échange de la sécurité des frontières.

La Russie n’a plus accès aux mers chaudes après la perte de l’Afghanistan ; elle cherche à se renforcer en méditerranée mais elle n’a pas renoncé au contrôle de la mer Baltique.

Que peut faire l’Union Européenne ?

Notre effort de défense est faible ; l’Angleterre est à genoux notamment du point de vue de sa capacité scientifique. L’Allemagne fortifie son industrie de l’armement.

La France aura du mal à atteindre les 2% du PIB pour le budget de la défense en 2019, mais cela est nécessaire.il faudrait être à 1,92 % pour ne pas reporter sur les dernières années.

Enfin, la stratégie européenne de sécurité de 2016, élaborée par l’UE définit les fonctions de stratégiques dont la prévention : présence des ambassades, de capteurs militaires ou civils dans les états, la formation.il s’agit d’une fonction importante au même titre que la dissuasion par exemple.

*     *     *     *

Contribution du Général Gatinois :

(Extrait de son intervention)

Citant Sun Tsu, le célèbre stratège chinois, « la doctrine crée l’unité de pensée ».

Des ruptures au plan international créent un risque de déstabilisation

Il est urgent de définir une doctrine.

Quand on veut rédiger une doctrine, la première question est de définir la menace.

Quelle est la menace en Europe ?

La vision de la menace n’est pas la même selon les pays au nord, au sud ou à l’est.

IL convient de se mettre d’accord sur la perception de la menace.

Rappelons que 500 missiles furent tirés sur la Turquie, même si ce n’est pas l’UE la Grèce ou la Roumanie ne sont pas loin

Rédigeons donc une doctrine et mettons nous en mesure d’affronter les ruptures technologiques qui s’annoncent.

Les USA dispose d’une agence D A R P A, Défense Advanced Resarch Project, une structure dédiée à l’innovation de rupture pour que la technologie américaine soit toujours supérieure à celle de ses ennemis.

L’UE ne dispose pas d’une telle structure. En Europe on sait parfaitement préparer la guerre d’avant.

En février 1991, en Irak, la tactique américaine fut une surprise totale pour les troupes européennes qui n’avait pas une telle conception.

Le foisonnement militaire européen ne crée pas une unité de pensée dont nous avons besoin.

Une Europe à 28 n’a pas de réalité sur le plan de la défense.

Quand on parle d’unité de pensée on dépasse le domaine militaire car l’unité de pensée est surtout culturelle.

Intervention du Général Laurent:

L’OTAN est ce qui nous permet d’avoir une doctrine à peu près commune.

Au niveau européen, Il faut s’entendre sur la souveraineté européenne et sur la vision de l’intérêt stratégique.

Pour cela, il est souhaitable de définir les intérêts stratégiques à travers un livre blanc par exemple.

Pour apprécier la souveraineté, il faut prendre en compte la rentabilité de l’armement.

Il faut être d’accord pour vendre de l’armement au même pays ce qui induit un frein à la viabilité économique des projets industriels militaires.

le 9 septembre 2017

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